Je lis, j'écris, je bois du thé, et j'aime ça. Et toi ?

After : vous reprendrez bien un bol de vomi ?

After d’Anna Todd est une série de 5 romans « New Romance », dans la lignée de 50 nuances de Grey. Il s’agirait, à l’origine, d’une fanfiction (de Twilight ? pas eu la patience de chercher). Anna Todd a écrit la saga After intégralement depuis son smartphone, sur la plateforme Wattpad où elle a rencontré un énorme succès, et a été ainsi repérée par un éditeur – passionné de grande littérature et totalement désintéressé, il est important de le préciser.

Capture d'écran du résumé de présentation d'After par Wikipédia

Ouah, une édition LIMITÉE !!!

Rassure-toi, je ne me suis pas découvert de passion pour la New Romance. Il s’agit, une fois encore, de curiosité. Si tu me suis depuis un moment, tu as peut-être vu passer dans mes p’tits biscuits cette passionnante interview de Camille Emmanuelle qui explique, entre autres, le fonctionnement des éditeurs d’érotisme – un scandale si tu veux mon avis.

C’est dans cette interview que le nom d’Anna Todd, que j’avais sans doute déjà vu passer sans m’en préoccuper le moins du monde, m’est revenu au visage : « Plein de gens pensent que la littérature érotique, c’est EL James et Anna Todd. » Pour ce qui est de l’œuvre d’EL James, il ne s’agit pas d’érotisme, soyons clairs. On pourrait qualifier ça de scatha-rature, à la limite. Mais quid du travail d’Anna Todd ? Quid de ce qu’est l’érotisme dans l’imaginaire collectif occidental en 2017 ?

La suite, tu la connais : je me suis procuré After (tomes 1 & 2), et j’ai tâché de découvrir ce qui façonne – et, paraît-il, fait vibrer – tant de personnes.

Capture d'écran des couvertures des livres d'Anna Todd

Mais dis-donc, c’est que les titres sont recherchés !

4ème de couverture

Tessa est une jeune fille ambitieuse, volontaire, réservée. Elle contrôle sa vie. Son petit ami Noah est le gendre idéal. Celui que sa mère adore, celui qui ne fera pas de vagues. Son avenir est tout tracé : de belles études, un bon job à la clé, un mariage heureux… Mais ça, c’était avant qu’il ne ne la bouscule dans le dortoir. Lui, c’est Hardin, bad boy, sexy, tatoué, piercé, avec un  » p… d’accent anglais !  » Il est grossier, provocateur et cruel, bref, il est le type le plus détestable que Tessa ait jamais croisé. Et pourtant, le jour où elle se retrouve seule avec lui, elle perd tout contrôle… Cet homme ingérable, au caractère sombre, la repousse sans cesse, mais il fait naître en elle une passion sans limites. Une passion qui, contre toute attente, semble réciproque… Initiation, sexe, jalousie, mensonges, entre Tessa et Hardin est-ce une histoire destructrice ou un amour absolu ? L’écriture rythmée d’Anna Todd rendra accros tous ses lecteurs.

Ce que j’en pense

Alors, bien entendu, je n’avais pas placé bien haut la barrière de mes attentes. En fait, j’en avais fait complète et totale abstraction ; j’avais dans l’idée que ça n’allait pas être jojo. C’est un point sur lequel je suis restée d’accord avec moi-même, du début à la fin.

Évidemment, ce n’est pas de la grande littérature. La prose est morose, le style navrant, les choix narratifs… évidents et navrants – c’est le mot qui caractérise le mieux cette bouillie. On assiste, comme dans Twilight ou 50 nuances de Grey, au déroulé, seconde après seconde, au présent et à la première personne, des faits et gestes de la narratrice. Cette interminable énumération est extrêmement lourde et pénible. Note que je ne me plains pas : je savais avant de commencer à quoi je m’exposais.

Une petite note positive sur le style et la narration : c’est bien moins pauvre que dans 50 nuances de Grey, et bien moins mauvais – ce qui ne veut pas dire que c’est bon.

Tant qu’on en est aux comparaisons pas forcément légitimes, un autre point positif à porter au crédit d’After : si 50 nuances de Grey donnait très clairement la sensation de vide – un « univers » pauvre, des personnages creux et dépourvus de personnalité, des rebondissements improbables – Anna Todd a fourni bien davantage de travail quant à la complexité des personnages, leur nombre, la cohérence et l’enchaînement des événements, le suspense, etc.

L’histoire en elle-même est à peu près aussi navrante que le laisse présager le quatrième de couv’ : une nunuche (blanche et vierge) s’éprend d’un connard (blanc, aux yeux verts, avec un palmarès sexuel plus étendu que celui de Don Juan) qui se fout de sa gueule, mais, par le pouvoir magique de la femme attirée par les mecs qui ne veulent pas d’elle (tant qu’on en est aux clichés, hein), elle continue de se faire des films, et il continue de se foutre d’elle. Bon, il paraît qu’il tombe amoureux d’elle en cours de route. Rions trois fois par saccade de deux : Haha haha haha.

Capture d'écran des résultats de recherche Google : les gens ont l'air de kiffer cette daube

Le genre de moments où t’es heureux de « pas avoir de goût » !

Mais, franchement, qui pourrait croire un truc pareil ? (si tu veux lire le bouquin et que tu ne veux pas te faire gâcher « le plaisir », saute directement au paragraphe suivant, je dévoile l’ultime rebondissement de l’affaire). Le type lance quand-même le pari de « prendre sa virginité » (et les copains/copines parient du fric, hein), raconte chaque moment intime passé avec la nana et montre au groupe les draps tâchés de sang ! Elle apprend la nouvelle en fin de tome 1, et, vraisemblablement puisqu’il y a quatre autres tomes, elle lui pardonne… Bref. Et c’est sans compter les saloperies qu’il lui sort, qu’il fait sous son nez pour la rendre jalouse ou malheureuse, ou encore les sublimes bobards qui émaillent chaque scène.

Le type, donc, est un connard. Elle, si elle a plus de personnalité et de répartie que les narratrices des œuvres apparentées, reste extrêmement énervante et stupide. Difficile dans ces conditions de tisser un quelconque lien avec les personnages.

Quant aux scènes de sexe, qu’en dire ? C’est à peu près du même niveau que dans 50 nuances (Twilight avait au moins le mérite de ne pas en comporter ; pas au premier tome en tout cas, si je me souviens bien) : c’est vulgaire (il a un penchant pour la grossièreté) et globalement inintéressant. Pour tout dire, j’ai vite pris l’habitude de zapper ces scènes chiantes à souhait (ça rend la lecture plus rapide, c’est cool). On a, évidemment, droit à l’éternel cliché de la fille vierge qui prend son pied dès son premier coup avec le type « tellement il est doué » – Saint Patriarcat, sois bénis. Rien de révolutionnaire là non plus.

Capture d'écran d'un résultat de recherche Google : encart sur Elle magazine

Oh la la !!! Elle en a vendu des millions, qu’est-ce que ça doit être biennnnnn !

Mais le pire, dans tout ça, ce n’est pas que je me sois ennuyée, que ce soit médiocrement écrit ou que l’histoire soit inintéressante. Le pire, c’est que cette histoire est émaillée de propos tout droit sortis du Manuel du Bon Petit Disciple du Patriarcat.

Au début de l’histoire, la narratrice, Tessa, est une fifille à sa maman qui boucle systématiquement ses cheveux quand il faut être jolie (car c’est vraisemblablement un impératif) – va comprendre – et qui porte des robes « moches » – nous dit-on. Puis, au fil de l’histoire, elle va passer de plus en plus de temps devant la glace (nous en sommes les témoins, avec des détails à gogo sur le maquillage notamment), à se mettre toujours plus de trucs sur la tronche pour se cacher préparer, achète des vêtements au moins chaque semaine (à grand renfort de sponsoring avec un nom de marque répété à l’envi), des robes, toujours, et toujours plus courtes, et des chaussures à talons hauts. Ben oui, une femme n’existe que par son apparence, n’est-ce pas ?

Autre superbe moment : le type qui ordonne à Tessa de se préoccuper de prendre la pilule rapidement parce qu’il ne supportera pas longtemps de devoir mettre des capotes. Euh, pardon ? Alors d’une, pourquoi cela devrait-il être aux femmes de prendre en charge la contraception ? La baise – comme il dit – ça se fait à deux, hein. Et de deux, pourquoi véhiculer ce message de la pilule  comme seule et unique forme de contraception ?

On peut aussi citer le fait que le type passe son temps à donner des ordres à sa proie – qui obéit, globalement, même si c’est à retardement -, qu’il essaie de casser la gueule à tout le monde – après tout, la civilisation, c’est bon pour les autres – mais aussi et surtout, qu’il passe son temps à traquer Tessa. Ce type est un psychopathe, et ce qui est raconté dans ce bouquin, ce n’est pas une histoire d’amour, c’est du harcèlement pur et simple – avec une pointe de syndrome de Stockholm naissant chez Tessa.

Capture d'écran d'un résultat de recherche Google : "exclu" sur Melty

Gosh, une exclu sur un film tiré d’un gros tas de bouse !

Outre donc les faiblesses liées au style, à une intrigue médiocre et à une histoire inintéressante (une histoire de cour d’école en gros), ce bouquin est vraiment nauséabond dans tout ce qu’il véhicule d’idées rétrogrades et misogynes. Je trouve cela d’autant plus terrible qu’il est écrit par une femme (jeune, en plus !), et lu par, sans doute, des millions de femmes, notamment de jeunes femmes qui sont encore potentiellement fragiles et qui ne savent pas, ne peuvent pas savoir pour certaines que l’amour ce n’est pas ça, ce n’est pas de la torture, du mensonge, de la douleur et de la destruction. Je suis réellement outrée à l’image de toutes ces femmes qui vont trouver dans ces mots la légitimation de toutes les injustices qu’elles subissent, au motif que c’est présenté dans ces pages comme étant romantique.

Petit florilège de commentaires Amazon :

Capture d'écran du récap' avis clients sur Amazon

Je soupçonne la majorité des commentateurs d’être des amis de l’éditeur.

Capture d'écran d'avis client : "ce livre est le PLUS super de tout les livre. moi je suis une folle de romment mais celui la ce du ouf. J'ADORE"

Le plus super on te dit.

Capture d'écran avis client Amazon : "After, à lire c'est superbe. Je ne vais pas faire de résumé car c'est trop intense. Je viens de finir le 5ème tome et j'en ai le souffle coupé. C'est beau, palpitant, actuel, terrible. Une vraie histoire d'amour, du désir et du sexe de nos jours. C'est percutant :-)"

Effectivement, t’as l’air percutée.

Trop d’étoiles pour une personnes sensée.

C’était signe qu’il fallait arrêter là !

Conclusion

Tu t’en doutes, je ne peux pas te recommander After. Même pas pour rire. Parce qu’on va trop loin dans la dégradation de la femme – et dans la connerie tout court. Parce que c’est fait de manière suffisamment détournée et sournoise pour ne pas choquer mais être intégré comme une réaffirmation de la norme, du carcan misogyne qui sévit si activement à notre époque.

After d’Anna Todd, c’est un bol de vomi qu’on aurait saupoudré de paillettes – histoire de.

Patchwork de photos de tasses de thé et de livres

Et toi, as-tu lu After ? Qu’en penses-tu ?


PS : en plus d’être un attentat contre le bon-sens, ils vendent ça 17€ le tome !!!

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