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P’tit biscuit #9.2 : la fin

Longtemps, j’ai eu tendance à garder tout et n’importe quoi, juste « au cas-où » ; cours, emballages, boîtes, flacons, jouets, vêtements, bibelots… Tout un bric-à-brac que je me félicitais d’entretenir, parce que le jour viendrait, fatalement, où je serais réellement soulagée de pouvoir relire ce bouquin, de feuilleter ce cours, de rappeler les souvenirs liés à cet objet, d’utiliser cette jolie boîte. Non ?

C’était un art de vivre : mon chez-moi était une sorte d’entrepôt. Joliment arrangé, certes, mais un entrepôt tout de même. C’est les déménagements successifs qui m’ont appris le minimalisme : préserver son dos et sa patience, c’est bien plus important qu’entasser des trucs et des bidules qu’on ne réutilisera plus jamais, ou une fois l’an.

La première vague de « purification » a été la plus longue à venir. C’était quelque chose, quand même, de choisir sciemment de se détacher de tous ces objets, conservés jusqu’ici avec tant de ferveur. Mais la nécessité a rendu les choses bien plus simples : j’étais trop heureuse de ma soulager d’un aller-retour pour regretter tout ce que j’ai pu balancer.

Depuis, nombre de déménagements sont intervenus. Des évolutions de ma perception des choses, de mon mode de vie, aussi. Le minimalisme a intégré mon art de vivre. Je ne suis pas pour autant une fanatique : je conserve parfois un peu de superflu (les livres, surtout, beaucoup [trop] de livres). Le superflu entretien l’illusion d’abondance. Il permet la dispersion. Et la dispersion me déplaît de plus en plus : elle empêche d’avancer, de se sentir léger.

Tout ça pour dire que, ça y est, la question se pose sérieusement, finalement : est-ce que je vais continuer ?

Je reçois les premiers rappels quant à l’approche de l’échéance de ma réservation du nom de domaine et de l’hébergement. Le premier, en fait. Deux mois à l’avance. Il y en aura d’autres.

Et cette question que je me garde sous le coude depuis plusieurs mois, que je me pose parfois, sans jamais apporter de réponse définitive : que faire de tout ça ? Est-ce que je continue en dilettante ? Est-ce que j’arrête ?

Bien entendu, je commence toujours par avoir ce réflexe très « société de consommation » de me dire : « pas grave si je ne suis pas régulière, si je ne m’en préoccupe que de temps en temps. Ce qui compte c’est de garder cette porte ouverte, pour les jours-où« . Et c’est vrai, en d’autres circonstances, je ne me serais sans doute pas tellement posé de questions : j’aurais sorti la CB, et j’aurais raqué pour un tour de plus. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ?

Il se trouve que les circonstances actuelles m’imposent de réfléchir sérieusement à la question. Je ne suis plus dans la fausse « abondance capitaliste ». Mes seuls revenus se résument à des allocations chômage, dont j’ignore jusqu’à quand je pourrais  bénéficier. Bien sûr, il y a la durée maximale théorique. Mais combien de temps encore avant que la pression exercée par l’agence nationale devienne étouffante ? Assez peu, m’est avis. Et je n’ai toujours pas la première idée de la façon de générer de quoi casser une graine quand le besoin s’en fait sentir, sans même parler des factures, loyers, et autres vicissitudes de la vie occidentale.

Dans ces conditions, le prix d’un nom de domaine et d’un hébergement, si modeste soit-il, prend une tout autre dimension. Ce n’est plus seulement quelques dizaines d’euros. C’est deux semaines de nourriture pour un humain. Moitié moins pour la tribu entière. Et si j’en viens à ces considérations-là, que m’importe de maintenir un blog qui ne parle de rien ?

Alors, certes, j’ai investi beaucoup de temps dans mon petit coin de Web. Je l’ai aimé, énormément. Et malgré cette fausse allure de vieux jouet cassé que je me plais à lui trouver depuis quelques temps, c’est toujours avec plaisir que je réfléchis à ce que je pourrais écrire-là, à ce que j’ai envie d’y dire. D’ailleurs, même si les posts se font rares, ils me procurent toujours ce petit frisson d’une vulnérabilité nouvelle face au monde. D’un point d’achoppement possible avec l’Autre.

M’enfin, bon, je crois que cette fois, c’est la bonne, j’ai trouvé la réponse : je ne continuerais pas Tales of Tea. Je garderais précieusement tout ce qui concerne ce blog, à commencer par les bons souvenirs, les grands moments, les rencontres, les découvertes. Dans ma mémoire, un petit coffret enluminé servira à entreposer tout cela. J’irais sans doute y jeter un œil, assez souvent. Mais on n’en est pas encore là !

Jusqu’au dernier jour, je pourrais toujours venir poster ici un petit mot, pour te dire, te raconter. Pas grand chose, sans doute. L’entrebâillement demeure, cependant.

 

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2 Commentaires

  1. éric 20 juillet 2017

    Comme je connais (trop) bien ce problème et que je suis maintenant un vieux con, je vais te donner ce conseil : garde au moins ton nom de domaine. C’est une part importante de ton identité, la vraie, pas seulement la numérique.
    En cas de besoin, tu retrouveras facilement un hébergement web.
    En cas d’urgence, mon blog t’ouvriras ses portes sans hésiter.

    Bonne route ! 🙂

    • Ace Tea 31 juillet 2017 — Post Author

      Et une hibernation plus tard : merci pour ce conseil, je le garde précieusement pour l’étudier sous toutes les coutures 🙂
      Merci également pour ton offre d’hospitalité si spontanée et généreuse, ça me touche !

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