Je lis, j'écris, je bois du thé, et j'aime ça. Et toi ?

Critique vs Chronique

Ça fait un sacré bail maintenant que je me dis que je devrais écrire ce billet. Je crois qu’il faisait partie de la « liste de billets à écrire » des débuts du blog. Bien entendu, comme toute liste, celle-là n’a jamais servi qu’à me culpabiliser de n’en pas avoir réalisé l’intégralité des items. M’enfin, bon. C’est l’époque qui veut ça, sans doute.

C’est un billet de masta Crouzet qui m’a remis ça en tête. Précisément, c’est l’acidité dont il asperge les blogs littéraires. Ouais, j’me suis sentie visée. Et j’me suis dit qu’il avait raison. Comme souvent. Ça revient à dire que ce blog est un ramassis de conneries mal écrites, sans spontanéité et sans intérêt. En fait, je suis carrément d’accord, même si j’aime bien ce petit salon cosy. Je m’égare.

Donc, « Critique vs Chronique » mais pourquoi donc ce titre si mystérieux ? De quoi ça s’agit ? En fait, c’est juste une explication du choix que j’ai fait d’appeler mes avis sur lectures des critiques plutôt que des chroniques. Incroyable hein.

Ci-dessous, la liste des arguments. Dans le désordre. Sans « classement » d’importance. Au pif quoi.

Argument numéro 1 : ne pas faire comme les autres

Même s’il s’agit sans doute de l’argument le plus généreusement prodigué sur le Oueb (« démarquez-vous ! »), ce n’est pas l’ambition de marquer mon territoire à coup de Chanel n°5 qui m’a incitée à utiliser cette appellation. C’est plutôt cette omniprésence de l’utilisation du mot « chronique » sur tous les blogs littéraires (au moment où j’ai lancé TalesOfTea, s’entend) et toutes les chaînes « BookTube » ; j’ai beau ne pas consommer la production de ce qui s’apparente à des pairs (franchement, lire des avis sur des livres, je trouve ça carrément inintéressant ; c’est pour ça que je me demande souvent pourquoi je ne supprime pas tout simplement cet espace. Et juste après, je me souviens que j’aime bien donner mon avis, quand même. Alors je remets à plus tard.), j’ai quand même largement eu le temps de voir défiler ce mot au moins 250 000 fois. Et encore, je suis en dessous de la vérité. Il était donc exclu de l’afficher aussi chez moi. Pourtant, je ne crois pas avoir d’ancêtres Brit’.

Argument numéro 2 : tout est question de style

Je me permets de soumettre à ta sagacité le fait que Critique, comme Chronique, commence par un C. Les deux mots commencent par la même lettre, oui madame. C’est vrai qu’en y repensant, j’aurais aussi pu appeler cette rubrique Concombre. C’est bon les concombres. Ou Cucurbitacée, le choix devient tout de suite plus vaste.

Argument numéro 3 : parce que j’emmerde les conventions

J’ai eu envie d’être vulgaire, voilà qui est fait. On dirait que la prose de Despentes déteint fortement sur ma psyché en mal d’identité.

Alors oui, les conventions, ça dit qu’en principe, un avis littéraire, ça s’appelle une critique. D’ailleurs, critique, c’est devenu un métier, fût un temps (métier qui a dû disparaître quand les maisons d’édifion – euh d’édition ! – se sont rendu compte qu’un blogueur, ça bossait gratos). On te payait cher, quand tu étais critique, pour donner ton avis sur un truc ou un autre. En général un bouquin. Soit un bouquin que personne ne voulait lire parce qu’incompréhensible au pékin moyen, auquel cas il convenait que tu l’ériges en nouveau joyau de la littérature (surtout si c’était écrit par un Français, bien sûr). Soit un bouquin super mainstream et là, tu pouvais te lâcher et dire que c’était du gros caca, que c’était la honte d’avoir écrit un truc pareil, que le mec il aurait mieux fait de se couper la bijouterie, etc. Tu vois le genre.

Bon, ou inversement. Tu pouvais aussi planter un couteau bien affuté entre les omoplates du littérateur « de génie » et encenser le best-seller. Au choix. C’était selon si t’étais jaloux et frustré, l’alignement des planètes, ton approche de l’andropause (en général, pour être critique, fallait avoir une paire XY), si tu t’étais fait larguer récemment… Ou si le chèque était assez cossu pour te donner envie de rebosser pour le même commanditaire. La liberté de la presse, tu sais, c’est rien qu’un mythe.

Bref, donc tu donnais ton avis, tout le monde était d’accord, (« ben quand même, si c’est Trucmuche qui le dit, c’est que ça doit être vrai ! » – ben voyons !), et ensuite tu pouvais verser dans l’autosatisfaction parce que tout le monde pensait comme toi.

Et puisque utiliser le terme de « critique » s’approche d’une sorte de privilège de nobliau crasseux (voir le laïus ci-dessus), j’ai décidé que j’allais l’utiliser aussi. Après tout, y’a pas de raison que mon avis ait moins de valeur qu’un autre quant à dire ce qu’on pense d’un truc qu’on comprend pas. Non mais.

Argument numéro 4 : on parle d’esprit critique

Tu as peut-être déjà entendu cette expression. C’est vrai que, de nos jours, elle est de moins en moins utilisée (ou utilisable, qui sait ?). M’enfin, pour t’expliquer le truc, okazou, avoir « l’esprit critique », ça veut dire être capable de réfléchir, d’évaluer un objet (physique ou pas) selon son propre système de valeur (en gros, tu te contentes pas de répéter l’opinion du voisin, qui n’est d’ailleurs pas la sienne, mais celle du mec encore à côté). Wikipédia définit ça comme suit : « est la disposition d’une personne à examiner attentivement une donnée avant d’en établir la validité. » Je crois que c’est clair.

Alors, je n’irais pas me targuer d’avoir le pouvoir d’établir LA validité d’une œuvre de l’esprit, qui, pour autant que je puisse en juger, parle différemment à chacun d’entre nous. Toutefois, j’estime pouvoir examiner mon propre ressenti à la lecture de manière suffisamment claire pour pouvoir en établir la validité selon mon propre système de valeur. Et c’est franchement pas mal, si tu veux mon avis.

En gros, si ça ne te parle pas, si tu n’es pas d’accord, tant pis pour toi – c’est que ton système de valeur n’est pas moitié aussi bien que le mien : mets-toi au boulot.

Argument numéro 5 : la temporalité

C’est un joli mot, ça fait très universitaire, presque pompeux. Le genre de mots que tu n’utilises pas tous les jours. C’est p’tête même la première fois de l’année 2017 que je l’utilise. Joyeuse temporalité !

En parfaite inculte ignorante de la définition exacte du mot « chronique » (toi aussi tu déformes les définitions juste après les avoir lues ?), j’y entends une notion de temps. Je vais pas frimer, mais chronique, ça vient du grec chronos, le temps (j’ai toujours rêvé de m’offrir un dictionnaire étymologique… Ouais, chacun ses problèmes.) (d’autant qu’il doit pas y’avoir de révision de son contenu chaque année ; l’étymologie, c’est durable). Comme dans une maladie chronique (qui revient périodiquement). Je n’avais d’ailleurs pas pensé à l’expression « maladie chronique », mais maintenant que c’est fait, j’aime encore moins ce mot.

Bon et donc, s’agissant d’écrire un avis sur une lecture, je vois pas bien pourquoi on aurait envie de mettre une idée de temps. Ok, lire ça prend du temps, écrire aussi, m’enfin quel est le rapport ? Tout ceci n’a strictement aucun sens. Donc exit ce mot vulgaire (nique toi-même d’abord, et puis j’aime pas la Kro).

Argument numéro 6 : de quoi je me mêle ?

Parce qu’en fait, la vraie question, c’est ça : qu’est-ce que ça peut te faire que j’utilise un mot plutôt qu’un autre ? Tu vas me dire « ben parce que si on part comme ça, alors on se comprendra jamais ! ». Mais de toute façon, on ne se comprend jamais. Jamais. Jamais. Jamais. La communication est une sorte de rituel ridicule voué à l’échec. Les mots ne sont jamais que des symboles que chacun appose sur une idée ou une autre à laquelle il attribue sa propre définition. En fait, je suis sûre qu’on se comprendrait mieux si on ne parlait pas. D’ailleurs, on n’a jamais autant parlé qu’à l’heure actuelle : réseaux sociaux, média de masse, diplomatie étrangère, et caetera et caetera. Et t’as l’impression que le monde est en paix ? Que les peuples s’entendent ? À d’autres, va !

Argument numéro 7 : parce que

Tout simplement parce que j’avais envie d’utiliser le mot critique. J’aime bien les i. J’aime bien l’idée que j’ai collée sur ce mot. Et puis, faut pas croire : parfois, je balance des critiques dans le sens péjoratif du terme.

Argument numéro 8 : les vraies définitions

Bon, parce que les conneries, ça va bien 5 minutes (et que ça en fait plutôt 20 déjà que je suis là-dessus, entre deux services de nourriture pour chat et une tasse d’eau chaude – remarque, j’aurais aussi pu dire « entre le banc et la table », c’eût été spatialement plus approprié), et parce que je suis super coule (je t’épargne même la peine de faire une recherche sur le net, t’as vu la classe), voilà la définition des deux coupables, selon le TLF :

Sur la critique (substantif féminin) :

« Jugement qui tient compte des mérites et défauts, des qualités et imperfections de l’être ou de la chose que l’on examine. En partic. Jugement formulé par un journaliste attitré, opinion émise par une personne, à propos d’une production qui relève de sa compétence. »

Sur la chronique (substantif féminin) :

« Article de journal ou de revue, émission de radio ou de télévision, produits régulièrement et consacrés à des informations, des commentaires sur un sujet précis. »

 

Patchwork de photos de tasses de thé et de livres

Sur ce, j’m’en vais critiquer. Allez, bisous !


PS : j’ai vraiment dit des conneries dans l’argument numéro 5 sur la temporalité hein. L’étymologie de chronique (l’adjectif) n’a rien à voir avec le grec, selon le TLF. Et d’ailleurs, une maladie chronique, ça ne revient pas périodiquement, ça s’installe dans la durée. Vois plutôt :

« MÉD. [En parlant d’une maladie] Dont les symptômes apparaissent lentement, qui dure longtemps et s’installe parfois définitivement. Empr. au b. lat. chronicus, terme médical. »

Comme quoi, même quand on dit des conneries, on apprend des trucs. Enfin, ça c’est si on fait l’effort de vérifier.

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2 Commentaires

  1. éric 29 juin 2017

    Perso, je préfère le mot « chronique » au mot « critique ». Mais je n’ai pas autant d’arguments que toi pour défendre cette position. 🙂

    Peut-être parce qu’une chronique est plus globale qu »une critique ?

    J’imagine assez facilement qu’une chronique peut contenir une ou plusieurs critiques mais pas l’inverse. Et comme j’aime réfléchir globalement…

    Mais je continuerai de lire tes chr… euh, tes critiques ! 🙂

    • Ace Tea 29 juin 2017 — Post Author

      Je pense que la préférence est un argument d’autant de poids qu’une liste si étayée qu’elle soit !
      Je ne m’offusquerais pas que tu les traites de chroniques, promis 😉

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