Je lis, j'écris, je bois du thé, et j'aime ça. Et toi ?

P’tit biscuit #5.2 : orage

Ce soir, j’ai redécouvert la peur de l’orage.

Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé l’orage, les éclairs, la pluie. La tranquillité de la nuit. Ne pas allumer de lumière artificielle. C’était apaisant. C’était ça la vie.

C’était facile aussi, parce que quand tu vis dans des lieux où ces choses se font rares et discrètes, tu les recherches. N’en entrapercevoir qu’un lambeau te permet de penser que tu l’as vu, tu l’as saisi, et tu t’en trouves heureux. Comme la seule personne lucide du monde.

C’est facile aussi quand on n’est pas seul. Quand, même seul chez soi, on entend la vie des autres au-dessus, en dessous, à côté – ces bruits insupportables qu’on déteste. Même si ces autres, on ne les connaît pas, ils sont là. Et il y a les autres qu’on connaît, qui sont peut-être un peu plus loin, mais pas tant que ça. La proximité, ça rassure.

Le claquement du tonnerre m’a tordu les boyaux tout à l’heure. L’éclat des éclairs, aveuglant un instant, obscurcissant le suivant, a imprimé des silhouettes angoissantes sur ma rétine meurtrie. Et le fracas de la pluie, dont je me délecte d’habitude, m’a crié : « et si je cachais le bruit de quelqu’un qui entre chez toi ? ». J’ai fermé toutes les portes, toutes les fenêtres, malgré la chaleur. J’ai allumé la lumière. Et j’ai surveillé les chats : eux entendent tout, même lorsqu’il pleut.

On pourrait penser à un petit passage en creux, où la fatigue ranimerait de vieilles peurs enfouies. C’est aussi ce que j’ai pensé la première nuit de solitude, au moment du coucher. Au moment d’éteindre la lumière. D’éteindre la lumière, sans chat sur le lit – il fait beaucoup trop chaud. On entend des bruits qui n’existent peut-être pas. On croit voir des ombres se mouvoir dans le noir. La veille encore, j’aurais traversé la maison de nuit dans le noir sans sourciller ; je n’étais pas seule. Mon inconscient était comblé. Depuis, je regarde sous mon lit avant de m’y mettre, et je n’ose plus ne pas me couvrir ; la couverture protège des monstres.

On a beau croire qu’on est devenu grand, il suffit de peu pour redevenir le petit enfant d’antan. Celui de la nuit des temps.

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2 Commentaires

  1. éric 24 juin 2017

    Tu nous demandais récemment ce qu’on aimerait trouver ici. J’ai failli te répondre que tu étais étais la seule à le savoir. Et puis, j’ai préféré attendre que tu t’en aperçoives. Et ce soir, ce texte.
    Je n’aurai pas eu à attendre bien longtemps ! 🙂

    Il est vrai que cette vaine tentative d’enfouir l’enfant qui est en nous (l’enfouir dans les limbes de l’oubli, pas dans le jardin !) est peut-être la réelle signification du mythe de Sisyphe ?

    Sinon, pour soigner la peur de l’orage, je te conseille d’écouter Brassens. 🙂

    • Ace Tea 25 juin 2017 — Post Author

      Il faut croire que, dans ton silence, tu as été suffisamment éloquent pour que mes petites oreilles de l’écriture t’entendent 😉

      Jolie analogie que celle-ci. C’est sympa le mythe de Sisyphe, ça marche pour plein de choses !

      Je prends bonne note de sa suggestion de cure 🙂

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